"Gala, au lieu de m'endurcir comme la vie aurait pu le faire, me construisit une coquille de bernard-l'hermite, si bien que dans mes rapports extérieurs je passais pour une forteresse, tandis qu'à l'intérieur je continuais de vieillir dans le mou, le super-mou. Et le jour où je décidai de peindre des montres, je les peignis molles. Cela se passa un soir de fatigue. J'avais une migraine, malaise extrêmement rare chez moi. Nous devions aller au cinéma avec des amis et au dernier moment je décidai de rester à la maison. Gala sortirait avec eux et moi je me coucherais tôt. Nous avions terminé notre dîner avec un excellent camembert et, lorsque je fus seul je restai un moment accoudé à la table réfléchissant aux problèmes posés par le "le super mou" de ce fromage coulant. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner, selon mon habitude, un dernier coup d'œil à mon travail.
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Le tableau que j'étais en train de peindre, représentait un paysage des environs de Port Lligat dont les rochers semblaient éclairaient par une lumière transparente de fin de jour. Au premier plan j'avais esquissé un olivier coupé sans feuilles. Ce paysage devait servir de toile de fond à quelque idée, mais laquelle? Il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas. J'allais éteindre la lumière et sortir, lorsque je vis littéralement la solution : deux montres molles, dont l'une pendrait lamentablement à la branche de l'olivier. Deux heures après quand Gala revint du ciné, le tableau qui devait être l'un de mes plus célèbres était achevé. Peu de temps après un marchand américain Julien Levy acheta les montres molles rebaptisées "Persistance de la mémoire". C'est lui qui allait faire connaître et faire la fortune de Dali aux Etats-Unis. "
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